POUR SERVIR LA MÉMOIRE DU COLONEL ARNAUD BELTRAME

Posted on 5 Avr 2018 | 0 comments


On a pu lire dans le journal « Nice-Matin » daté du 24 mars 2018 : « Alors qu’une cinquantaine de personnes se trouvent encore dans le magasin ( il s’agit du super-marché de Trèbes, dans le département de l’Aube, où a eu lieu le massacre qui a endeuillé notre pays) , un lieutenant-colonel de gendarmerie dépêché sur les lieux, Arnaud Beltrame, 45 ans, se propose comme otage en échange de la libération des autres personnes encore présentes sur les lieux. Le terroriste Radouane Lakdim, qui est le seul acteur de l’agression en cours, accepte la proposition du lieutenant-colonel. » On peut déduire de cette information qu’une négociation a bien eu lieu entre le Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim, qui venait déjà de commettre un début de massacre dans le super-marché. En poursuivant la lecture de cet article, on apprend que, deux heures plus tard, Radouane Lakdim allait porter un coup mortel au Lieutenant-Colonel Beltrame. Mais ce meurtre ne peut pas mettre en doute l’accord précédemment intervenu entre les deux mêmes personnes.

On a pu lire, dans le journal « Le Monde » daté des 25 et 26 mars 2018 : « Dans des circonstances encore imprécises, le haut gradé parvient à négocier avec Radouane Lakdim et à le convaincre d’accepter qu’il se substitue à un ou plusieurs otages. » Le journaliste, à l’évidence, entend par là que c’est « le haut-gradé », à savoir le Lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui propose de se substituer aux otages dont il demande la libération. Cette proposition a été acceptée par Radouane Lakdim, qui a effectivement libéré les personnes qu’il tenait en otages, tandis que le Lieutenant-Colonel se livrait à lui.

On a pu lire dans le quotidien « La Croix » du 26 mars 2018: « Le Lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, 44 ans a été assassiné après s’être substitué à un otage dans un supermarché de Trèbes. » Ce texte indique clairement que le Lieutenant-colonel Beltrame et Lakdim se sont bel et bien mis d’accord sur la « substitution » qui a été convenue entre eux : la libération d’une personne que Radouane retenait en otage, tandis qu’en échange le Lieutenant-Colonel se livrait à lui, désarmé. Cet accord est à prendre en compte, même s’il a été suivi, deux heures plus tard, de l’agression mortelle du Lieutenant-Colonel par celui auquel il venait de se livrer.

Les informations qui sont rapportées ci-dessus comportent une incertitude sur la question de savoir si le Lieutenant-Colonel s’est livré au terroriste Radouane en échange de la libération d’une otage, ou de plusieurs personnes. Les événements qui ont succédé à cet accord semblent montrer que plusieurs otages ont été libérés par le terroriste en échange du Lieutenant-Colonel qui venait de se livrer à lui.

Et l’ on célèbre à juste titre l’héroïsme de ce grand soldat.

Mais il manque à cette célébration une dimension importante.

On peut penser, en effet, que le Lieutenant-Colonel Beltrame, en se proposant comme objet d’échange, pouvait espérer que la négociation dont il prenait l’initiative était susceptible d’ouvrir la voie à un accord plus large que la seule mise en liberté de l’otage, ou des otages qui se trouvaient dans les mains du terroriste.

Autrement dit, on peut considérer que le Lieutenant-Colonel Beltrame a décidé de risquer sa vie pour sauver celle d’un ou plusieurs otages, mais aussi dans le désir d’ouvrir la voie à l’amorce d’une tentative de paix entre le terroriste et les responsables du maintien de l’ordre.

Cette tentative en faveur de la paix avait certes peu de chances d’aboutir. Mais il est permis de penser qu’elle motivait – sans contredire le désir de sauver la vie d’un ou plusieurs otages – le besoin de servir le profond désir de paix qui habitait, à l’évidence, le coeur du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame.

Voilà la remarque qu’il me parait utile d’ajouter à la célébration de celui qui est, et restera, un héros national français.

Pierre Marchou

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