Lettre à un « ancien enfant caché »

Posted on 12 Avr 2017 | 0 comments


Bonjour Maurice Winnykamenn, 

Je réponds à l’article que vous venez de publier sur votre blog http://winnylourson.canalblog.com : la suite de Hommage et malentendu.

Permettez-moi de m’adresser à l’ « ancien enfant caché » que vous êtes. 
La déclaration que vous venez de publier sur internet m’a vraiment ému. Je dois en effet vous indiquer que j’ai vécu, pour ma part une grande amitié avec une certaine Daisy Raejcyn qui habitait avec ses parents, réfugiés d’origine polonaise, une petite pension de famille que tenaient mes parents à Nice : la « Pension des Orangers », dans l’avenue des Orangers. Nous avions onze ans, elle et moi. Notre amitié a été profonde et pure, ponctuée par une partie de ping-pong qui nous réunissait, chaque matin, vers 7 heures, avant que je parte à l’école. Notre partie de ping-pong se déroulait sur une table, bricolée tant bien que mal, que j’avais installée dans le petit jardin de la pension de famille. Nous nous retrouvions aussi, quelques fois, le soir, avant le dîner. 
Il faut dire qu’à l’époque dont je parle, les filles et les garçons de notre âge n’avaient guère d’occasions de se rencontrer, que ce soit à l’école ou ailleurs. En ce qui me concerne, Daisy était la première fille dont je faisais la connaissance. Probablement en était-il de même pour Daisy, qui croisait peut-être un premier garçon… Notre amitié se nourrissait de notre mutuelle découverte de l’ « autre », dont nos yeux d’enfants faisaient un inventaire plutôt heureux.
Les Raejcyn ont dû quitter Nice – et donc notre pension de famille – à l’arrivée des Allemands, en 1943. Après leur départ, nous n’avons pas eu de leurs nouvelles. Bien des années plus tard, j’ai eu connaissance des tristes évènements qui ont suivi leur arrestation à Vence, puis leur tragique transfert à Auschwitz.

Si j’éprouve, ce soir, le besoin d’évoquer le souvenir de ma rencontre avec Daisy, c’est parce qu’il me semble utile de témoigner de cette belle et pure amitié vécue par deux enfants, au cœur même des évènements dramatiques qui se déroulaient. Daisy n’est pas là pour en parler. Moi, je suis là, et j’en parle..

Et le souvenir de ce que j’ose appeler une grande amitié est étrangement associé à celui d’un drame horrible que je n’ai découvert que peu à peu: l’action d’êtres humains qui, sous la direction de l’Allemagne nazie trouvent normal d’exterminer d’autres êtres humains au motif qu’ils ont le tort d’être différents, d’être Juifs.

Aujourd’hui, plus encore que naguère, il nous arrive de rencontrer, dans notre vie de tous les jours, des gens « différents ». Sans sous-estimer l’importance des différences qui peuvent parfois nous agresser, nous sommes évidemment bien loin d’en déduire des projets d’extermination tels que ceux qu’ont, naguère, conçus les nazis. 
Pourtant, il faut bien admettre que des massacres dont les facteurs déclenchants sont hélas assez semblables apparaissent, aujourd’hui encore, ici ou là, sous nos yeux, dans bien des endroits du monde.
Alors, permettez-moi de le dire : la difficile gestion des attentats qui agressent lourdement les sociétés qui, comme la nôtre, tentent une gestion démocratique de la vie en commun nous invite peut-être à porter un regard responsable sur les « différences » que nous rencontrons, dans notre vie de tous les jours, à Vence comme ailleurs. Dans la difficile gestion de ces différences, il nous revient, dans notre propre intérêt, de rester fidèles à nos propres valeurs.
Je crois pouvoir penser que mon propos trouvera chez vous un accueil favorable.
Et c’est ce qui m’amène à tenter de répondre à votre question : qui désigner à l’occasion des prochaines présidentielles?
Je comprends le peu d’enthousiasme dont vous témoignez quant à la perspective de voter pour Emmanuel Macron. Vous pensez sans doute, comme moi, que son élection déboucherait sur une réédition plus ou moins heureuse, du parcours de François Hollande.

Alors, je me permets de vous dire quelques mots en faveur de la candidature de François Fillon:
1 / Son projet a la mérite d’être clairement défini, à la différence de celui de Macron. Avec ses qualités et ses défauts ce projet a le mérite de proposer une réponse au chômage dons la France est aujourd’hui le champion mondial. 
2 / Le « Pénélope Gate » va passer tôt ou tard du statut d’histoire soupçonnée à celui d’histoire jugée. N’anticipons pas le résultat d’une procédure qui n’a pas encore eu lieu. La France aurait mérité que justice soit rendue, en temps utile, plutôt que de voir prospérer les « informations »aussi vite publiées qu’inventées.

Cher « ancien enfant caché », permettez-moi de vous dire mon amitié.
Pierre Marchou

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