La collecte des déchets par aspiration pneumatique arrive en France

Posted on 14 Fév 2009 | 0 comments


Article publié dans « Le Monde » daté du 12 février 2009 et cité par Pierre Marchou :

BARCELONE ENVOYÉ SPÉCIAL
Avec sa toiture en vagues multicolores, le marché Sainte-Catherine, à Barcelone, ne passe pas inaperçu. Mais les profondeurs du bâtiment recèlent une autre curiosité : une centrale de collecte des déchets par tuyaux pneumatiques. Un système de ramassage des poubelles entièrement souterrain et automatisé. De quoi libérer les rues des bennes encombrantes et du ballet des camions, avec son cocktail de gaz d’échappement, de boucan d’enfer et d’odeurs variées.
Le système devrait bientôt arriver en France, où il a longtemps été ignoré. La Ville de Paris veut l’installer dans le futur éco-quartier des Batignolles. Et les communes de Romainville et des Lilas (Seine-Saint-Denis) s’apprêtent à choisir l’opérateur qui les en équipera. Les travaux doivent commencer fin 2009 dans les deux villes mitoyennes, pour un investissement total de 11 millions d’euros.
La cité catalane a commencé dès 1992, dans son village olympique, à s’équiper de cette technologie mise au point par le suédois Envac et bien implantée en Europe du Nord. Depuis, le réseau barcelonais s’étend sans cesse. Avec 1 300 bornes de dépôt des ordures et six centrales de collecte, c’est 15 % de la ville qui voit ses déchets aspirés en sous-sol. L’objectif de la municipalité : parvenir à une couverture de 40 % des rues, soit 400 000 habitants.
Le principe a de quoi séduire. Déposés dans une borne encastrée dans un mur ou posée dans la rue, les sacs poubelle descendent dans une colonne. Après minuit, quand l’électricité est moins chère, un ordinateur met la machine en branle : les sacs sont aspirés à 70 km/h dans le tuyau collecteur qui serpente sous les trottoirs, jusqu’aux conteneurs de la station centrale. En moins d’une heure, ni vu ni connu, tout est plié.
« Il y a une amélioration sanitaire en surface, mais ce n’est pas une solution miracle », tempère Christophe Berard, président du bureau d’étude Inddigo, spécialiste du développement durable, qui conseille les mairies de Romainville et des Lilas. « On évite les camions, mais le bilan énergétique n’est pas si clair : il faut beaucoup d’électricité pour faire fonctionner le système. C’est surtout intéressant dans les quartiers où l’on cherche à reconquérir des espaces publics ou créer des espaces verts. »
Le système peut s’adapter partout, à condition que le sous-sol offre de la place pour un tuyau supplémentaire – une contrainte parfois rédhibitoire dans les villes historiques. Mais le principal défaut de cette technologie, c’est son coût, même si Romainville en espère une économie de fonctionnement annuelle de 20 %.
Aux Batignolles, l’investissement prévu est de 12 millions d’euros, pour 8 000 habitants et une estimation de 3 000 tonnes de déchets par an. « L’investissement est important et l’économie de fonctionnement pas évidente. Mais c’est un vrai choix politique. La circulation des camions est la principale nuisance ressentie par les Parisiens », justifie François Dagnaud, adjoint au maire de Paris chargé des déchets et président du Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères, qui est allé visiter les installations barcelonaises, début février.
Ce coût jugé démesuré a conduit Narbonne à stopper le chantier de son système de collecte pneumatique après un changement de majorité aux élections municipales de mars 2008. La ville, qui avait été la première en France à signer un contrat avec Envac en 2006, se retrouve aujourd’hui avec une centrale de collecte, mais sans bornes ni tuyaux.
« Le coût de collecte est de 35 euros la tonne. Le système est amorti en dix ans par rapport au ramassage par camions », assure Toni Monclus, délégué régional d’Envac en Espagne. A condition d’éduquer les citoyens au bon usage de la poubelle aspirée :  » Les Barcelonais y balancent absolument tout ce qu’ils peuvent, y compris du verre, formellement interdit. Heureusement, le système est très puissant, il peut aspirer à peu près n’importe quoi. »
Y compris une jolie quantité d’emplois. A Barcelone, huit personnes suffisent pour faire fonctionner six stations de collecte.
Grégoire Allix

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