DEUX DATES QUI NOUS PARLENT

Posted on 8 Août 2015 | 0 comments


Première date : 31 juillet 2015.

Un incendie provoqué par des colons israéliens dans le village palestinien de Douma entraîne la mort d’un bébé de 18 mois et des blessures graves pour son père, sa mère et son autre frère. Pour la première fois le premier ministre israélien, Benjamin Netanyaou, a condamné publiquement  « cet assassinat horrible qui doit être traité comme un attentat terroriste ». Il a procédé à un certain nombre d’arrestations de colons soupçonnés d’avoir participé à cet attentat. Cette réaction témoigne de ce que le gouvernement d’Israël est peut-être amené à voir dans cette agression une menace qui concerne son propre avenir, au-delà de celui des résidents palestiniens de Cisjordanie. Cela est un élément nouveau dans la longue histoire de ce qu’il faut bien appeler le conflit israélo-palestinien.

Deuxième date : 6 août 2015.

L’anniversaire du lâcher de la première bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945, a donné lieu à de nombreuses manifestations de par le monde. Certaines d’entre elles ont été particulièrement émouvantes.

Plus près de nous, je voudrais évoquer la parution de plusieurs articles du quotidien « Le Monde » qui concernent cet évènement.

Le premier d’entre eux, daté du 4 août 2015, et intitulé « Penser l’impensable destruction nucléaire », se résume dans son sous-titre, qui est le suivant : « Le bombardement atomique du Japon pose à la philosophie un incroyable défi. »

Le second article, daté du 6 août, tente un résumé historique des évènements qui ont précédé la réalisation de la première bombe atomique. J’en extrais les passages suivants :  « Le cataclysme d’Hiroshima est l’aboutissement d’un long cheminement commencé entre la fin du 19 ème siècle et le début du 20 ème, par les travaux du français Henri Becquerel puis Pierre et Marie Curie… En 1942, Roosevelt lance le « Projet Manhattan », un chantier titanesque qui emploiera jusqu’à 150 000 personnes pour un coût total de 2 milliards de dollars. Il s’agit d’avancer dans la recherche qui permettra la mise au point de la bombe atomique. L’avance que les scientifiques allemands avaient jusque là dans ce domaine est bientôt rattrapée. Hitler, qui croyait plus aux potentialités des fusées qu’à une chimérique arme atomique, a tout sacrifié à la conception des V 1  et V 2…

Averti dès sa prise de fonction, en avril 1945, qu’il allait bientôt se trouver en possession de « la chose la plus terrible jamais découverte, mais aussi la plus utile », Harry Truman ordonne, le 2 juillet, que la bombe soit prête au plus tôt. Il décide de passer outre aux réticences de militaires comme le général Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliées. Il prend en compte l’effroyable coût humain des combats conventionnels contre une armée japonaise fanatisée. Sans doute avait-il également perçu l’intérêt stratégique d’une démonstration de force à destination de l’URSS, alors que se mettaient en place les éléments de la guerre froide.

Citons l’effroi du général américain Thomas Farrel, qui, sidéré par l’explosion du 16 juillet 1945 au Nouveau Mexique, évoqua « un coup de tonnerre qui nous révéla que nous étions de petits êtres blasphémateurs qui avaient osé toucher aux forces jusqu’alors réservées au Tout-Puissant ». Ce que Kenneth Bainbridge, directeur de cette expérimentation, avait commenté de façon nettement moins littéraire: « A partir de maintenant, nous sommes tous des fils de pute. »

Que nous disent, aujourd’hui, ces deux évènements que nous venons de vivre : le terrible incendie de Douma, auquel nous avons assisté il y a quelque jours, et la commémoration, elle aussi toute récente, du bombardement d’Hiroshima?
Il semble que l’attentat de Douma alerte les Israéliens et les Palestiniens sur la limite à ne pas franchir en matière d’actes de violence. Il montre, à ceux qui sont directement concernés, comme aux spectateurs plus lointains que nous sommes, que ces actes de violence, si l’on ne fait rien pour les contrer, mènent l’ensemble de cette population vers une catastrophe.

Pour ce qui est de l’arme atomique, dont on vient d’évoquer le triste passé, on est tenté de faire un constat comparable : cette arme ne peut que provoquer, un jour ou l’autre, le suicide de notre monde.

Face à cette double menace, que peut-on essayer de faire?

On peut tenter une réponse : travailler, chacun à sa place, à la création d’un gouvernement démocratique du monde entier qui permette  de gérer à la fois les conflits qui divisent les hommes, et d’assurer le contrôle de l’arme qui ne peut que les mener à leur perte : la bombe atomique.

Un tel projet a, bien sur, l’allure d’une belle utopie.

J’ai déjà parlé, dans mon « roman-film » ( « Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire? » )  du livre que Jacques Attali a publié en 2011 à ce sujet. Son livre a pour titre : « Demain, qui gouvernera le monde? » ( Fayard  ed.).

Ce livre m’interroge. Son auteur parait suggérer que seul un gouvernement du monde entier, à condition qu’il possède une légitimité démocratique, pourrait permettre de résoudre les graves difficultés qui menacent son existence.

En même temps, Jacques Attali se montre assez peu optimiste sur la possibilité de créer ce gouvernement du monde. On peut cependant penser qu’un tel projet est envisageable. Mais il suppose, peut-être, le développement de valeurs qui, sans nier les règles démocratiques, les enrichissent d’une dimension innovante.

Autrement dit : « liberté » oui, mais en offrant à l’homme le moyen de gérer pleinement cette liberté »; égalité », oui, mais en mesurant cette égalité à l’aune de quelque chose qui ne soit pas uniquement d’ordre matériel; « fraternité », oui, mais en lui donnant la dimension de l’amour, dimension que l’on peut puiser dans la contemplation de la vie qui nous est, à chaque heure, donnée.

Je note d’ailleurs qu’’Attali exprime quelque chose qui est proche de cette idée quand il écrit : « Si l’humanité n’a pas conscience d’elle-même, ni de claire raison d’être à ses propres yeux, elle ne pourra nourrir aucun respect pour elle-même ».

En d’autres termes, un gouvernement du monde suppose peut-être qu’on découvre ce qu’il est, ce monde, profondément.

Et il est permis de penser que le monde a sans doute une dimension spirituelle qu’il nous reste à prendre en considération.

À cet égard, l’idée d’un gouvernement démocratique du monde est intéressante, même s’il s’agit d’une perspective lointaine.

Travailler, pour demain, à cette belle réalisation, ne peut que nous pousser, aujourd’hui, sur le chemin de la paix.

Une paix possible. Une paix nécessaire.

 

Pierre Marchou

 

 

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