MATISSE et l’AMOUR.

Posted on 19 Mai 2016 | 2 comments


Hier, dimanche 17 mai 2016, à l’aéroport de Genève, j’attends Anne, mon épouse, qui est allée rendre notre voiture de location . Nous revenons du mariage, à Vevey, de Karin, ma petit filleule. Je suis assis à l’endroit où l’on prend le bus qui emmène les voyageurs jusqu’au guichet de la compagnie aérienne qui va les transporter vers leur lieu de destination. C’est Nice, pour Anne et moi.
Je suis assis, avec nos bagages devant moi. Et voilà que je vois l’AMOUR.

Une jeune femme vient de s’assoir, non loin de moi, avec ses deux enfants dans les bras : un petit garçon âgé d’environ six ans et son frère, qui doit avoir environ trois ans. Ils sont beaux, tous les trois. La mère respire le bonheur de les avoir tous les deux contre elle. Les enfants vivent intensément la joie d’être à leur maman. De mon côté, j’ai tout d’un coup la certitude d’assister à un échange qui donne pleinement son sens à l’idée, et au sentiment, de l’AMOUR.

Je dis bien « échange », car je crois que l’amour est quelque chose que l’on reçoit en même temps que quelque chose que l’on donne.

Et je me permets maintenant de parler de quelque chose que Matisse vient de me donner.

Cela se trouve dans « Jazz » un livre que Henri Matisse a créé, en 1947, avec l’aide de son éditeur, Henri Tériade. Il s’agit d’une œuvre où l’artiste présente pour la première fois des formes colorées qui ne sont plus le résultat de la reproduction de papiers découpés mais qui ont été dessinées par Matisse, tout simplement par sa main.C ’est cette même main de Matisse qui trace un texte où il exprime ce qu’il a souhaité réaliser avec ce livre magnifique, tout à fait nouveau dans sa conception.

Et j’ ai eu la surprise, il y a quelques jours, de trouver dans « JAZZ », un texte où Matisse copie, de sa main, un passage de l’ « Imitation de Jésus-Christ » :

« C’est une grande chose que l ‘amour, un bien tout à fait grand, qui seul rend léger ce qui est pesant, et endure d’une âme égale ce qui est inégal. Car il porte le poids sans qu’il soit un fardeau et rend doux et savoureux tout ce qui est amer. L’amour veut être en haut et n’être retenu par rien de bas… »

(En tournant la page du livre, on découvre une image très forte : deux formes, l’une rouge, étrangement agitée, l’autre bleu-gris, clairement sereine. Les deux formes sont entourées d’une volée de signes noirs et bleus).

Et le texte reprend : «Rien n’est plus doux que l’amour, rien n’est plus fort, rien n’est plus haut , rien n’est plus large, rien n’est plus aimable, rien de plus plein, rien de meilleur au ciel et sur la terre, parce que l’amour est né de Dieu, et ne peut se reposer sinon en Dieu, au dessus de toutes les créatures. Celui qui aime vole, court et se réjouit ; il est libre et rien ne le retient. »

J’avoue que je ne m’attendais pas à trouver dans « JAZZ » une définition de l’amour due à Tomas a Kempis, un moine du quatorzième siècle, auteur de «L’imitation de Jésus-Christ ». C’est pourtant ce qui résulte de ce qui est écrit par Matisse, qui termine ce passage par la mention : « I M de J C ».

Cela dit, c’est aussi dans JAZZ que j’ai pu lire, dans la même belle écriture manuscrite de Matisse, le texte suivant :

« Si je crois en Dieu ? Oui, quand je travaille. Quand je suis soumis et modeste, je me sens tellement aidé par quelqu’un qui me fait faire de choses qui me surpassent. Portant je ne me sens envers Lui aucune reconnaissance car c’est comme si je me trouvais devant un prestidigitateur dont je ne puis percer les tours. Je me trouve alors frustré du bénéfice de l’expérience qui devait être la récompense de mon effort. Je suis ingrat sans remords. »

Ingrat, sans remords ?

Est-ce que chacun de nous, lorsqu’il contemple ce que lui offre notre terre, lorsqu’il entrevoit ce que lui propose sa vie, ne serait pas « un ingrat sans remords » s’Il se contentait de se taire ?

Car, dans cette beauté du monde, il est permis de voir une invitation à créer quelque chose : une image, un écrit, un enfant, une maison, un acte généreux, un mot d’amour…

Et j’ose penser que, pour chacun de nous, la création de quelque chose, quelle qu’elle soit, obtiendra une réponse.

Ces jours derniers, j’ai reçu du printemps une lumière qui m’a réchauffé le coeur.

Hier, j’ai vu rayonner l’image d‘une maman qui aime et qui est aimée.

Aujourd’hui, je relis les mots de Matisse sur l’AMOUR.

Et mon audace, je dois l’avouer, est un peu folle : j’ai envie de le suivre, avec « celui qui aime, court, vole et se réjouit. »

Pierre Marchou

2 Comments

  1. Bonjour Pierre,
    Ce bel article que vous m’avez adressé m’a tout de suite évoqué certains passages du livre de Christian Bobin dans « Le très bas ». Peut-être le connaissez-vous? si ce n’est pas le cas, voici quelques citations avec les n° de pages de l’édition de poche « Folio »:
    – Une mère ne représente rien en face de son enfant. Elle n’est pas en face de lui mais autour, dedans, dehors, partout. Elle tient l’enfant levé au bout des bras et elle le présente à la vie éternelle. Les mères ont Dieu en charge. C’est leur passion, leur unique occupation, leur perte et leur sacre à la fois. (page 24)
    – Être mère c’est un mystère absolu, un mystère qui ne compose avec rien, un absolu relatif à rien, une tâche impossible et pourtant remplie,, même par les mauvaises mères. (encore page 24)
    – Les mères n’ont pas de rang, pas de place. Elles naissent en même temps que leurs enfants. (page 25)
    – Il n’y a pas de plus grande sainteté que celle des mères épuisées par les couches à laver, la bouillie à réchauffer, le bain à donner. (encore page 25)

    Il y a bien d’autres citations que j’aimerais ajouter…mais j’espère que celles-ci vous donneront envie de lire (ou relire ?) ce merveilleux livre sur François d’Assise vu par C. Bobin.
    Très amicalement,
    Irène (groupe œcuménique de Vence)

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