06demain

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Un silence dangereux


Posted on 5 Fév 2018

Un silence dangereux pèse sur la communauté internationale.

Il faut briser ce silence et rappeler un fait qui constitue une grave menace pour notre monde : cinq millions de personnes vivent aujourd’hui dans 59 camps de réfugiés situés en Jordanie, au Liban, en Syrie, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, en Egypte et en Irak.

Ces réfugiés sont des Palestiniens et des descendants de Palestiniens dont le lieu de résidence était la Palestine, entre juin 1946 et mai 1948, et qui ont perdu leur domicile en raison du conflit israélo-arabe de 1948.

Un « Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche Orient » ( UNRWA ) a été créé par la Résolution 302 (IV) de l’Assemblée Générale des Nations-Unies du 8 décembre 1949. Son but est de répondre aux besoins essentiels des réfugiés palestiniens en matière de santé, d’éducation, d’aide humanitaire et de services sociaux.

Le dernier budget de l’UNRWA dont nous avons connaissance est celui de 2008. Il se monte à 1 122 millions de dollars. Les principaux apports financiers viennent des Etats-Unis, de l’Union Européenne, de l’Arabie Saoudite et du Royaume-Uni.

Mais il faut rappeler que les bénéficiaires de cette aide vivent actuellement sous la tente, dans les 59 camps cités plus haut.

Force est de constater qu’aucun organisme officiel n’a été prévu pour leur donner la possibilité de prendre pacifiquement la parole. Il faut bien voir que, malheureusement, le seul moyen dont ils disposent, aujourd’hui, pour s’exprimer publiquement, est l’agression par des mots et par des actes. On peut qualifier ces mots et ces actes de « terroristes ». Mais, à l’évidence, le silence de la communauté internationale sur ce problème semble, malheureusement, l’expliquer, à défaut de le justifier.

Il est urgent qu’elle sorte de son silence.

Et cette urgence nous invite à monter à Jérusalem !

Sur notre route, nous nous arrêtons dans le camp de Husn, situé au nord de la Jordanie. Il abrite – si l’on peut ainsi s’exprimer – 16 230 réfugiés palestiniens. Comme la majorité de ces réfugiés, Karel a, aujourd’hui la nationalité du royaume hachémite de Jordanie. Il dit se sentir d’avantage jordanien que palestinien. Selon lui, la décision du président américain de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël a contribué à focaliser l’attention des médias sur la Ville sainte et, du coup, à raviver un peu la cause palestinienne. « Si je le pouvais, je remercierais Donald Trump » s’amuse-t-il.

Et il faut bien admettre que, en annonçant, le 6 décembre 2017, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat juif par les Etats-Unis, Donald Trump n’a pas, pour autant, pris position sur la question du statut final de la cohabitation israélo-palestinienne. Il a même déclaré que les Etats-Unis soutiendraient une solution à deux Etats.

On peut se poser la question de savoir où en est, aujourd’hui, le projet de créer un Etat Palestinien.

L’ « Autorité Palestinienne », instituée en 1994 dans le cadre des Accords d’Oslo, est censée préfigurer un Etat Palestinien. Depuis 2005 elle est dirigée par Mahmoud Abbas. Elle concerne le territoire de la Cisjordanie.

Cela dit, il faut constater que cette « Autorité Palestinienne » ne dispose d ‘aucune force civile ou militaire susceptible de faire respecter ses décisions. C’est dans ces conditions que des individus incontrôlés , en 2015 , ont organisé , en Cisjordanie, des tirs de missiles destinés à détruire des constructions civiles en Israël. L’ « Autorité Palestinienne » ne disposait, répétons-le, d’aucun moyen civil ou militaire pour empêcher ces attentats. Et c’est donc l’Etat d‘Israël qui est intervenu, légitimement, sur le territoire théoriquement gouverné par l’Autorité Palestinienne, pour mettre fin à ces agressions.

Néanmoins, de nombreux pays reconnaissent, en la Cisjordanie, un Etat Palestinien. Il s’agit d’une majorité de pays arabo-musulmans. Mais on y trouve aussi la Suède. En France, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté, en 1994, une résolution non-contraignante invitant le gouvernement à une reconnaissance de l’Etat palestinien…

Il convient aussi de noter la récente prise de position du Pape et du Saint-Siège, par la voix de l’ « Osservatore Romano », en faveur d’un statut quo à Jérusalem.

Continuons notre marche vers Jérusalem. Dans sa boutique de souvenirs, à quelques minutes de la basilique de la Nativité, à Bethléhem, Moussa, Palestinien âgé de vingt ans, interviewé par le journal « La Croix », déclare : « Deux Etats, je n’y crois pas car les Israéliens ne voudront jamais enlever les colonies qu’ils ont sur nos terres. Le plus simple, ce serait d’avoir un seul Etat, avec Jérusalem comme capitale. »

Moussa, comme un certain nombre de Palestiniens, semble pessimiste face à la possibilité de créer un Etat Palestinien.

Dans son appartement de la Vieille Ville, à Jérusalem, Nicolas, Palestinien lui aussi, rejoint le pessimisme de Moussa : « Je suis pour la solution à un Etat. On pourrait même faire de cet endroit un lieu international, où tout le monde pourrait venir. »

Une seule entité à Jérusalem, sans mur de séparation et sans check-point : l’idée a de quoi séduire. Considérés comme « résidents étrangers » d’une ville qu’ils habitent souvent depuis toujours, les Palestiniens ont une vision pessimiste de leur avenir. Avec 75% de la population sous le seuil de pauvreté, pour une densité 8 fois plus importante qu’à Jérusalem-ouest, leur vie quotidienne n’est pas facile.

Palestiniens, mais séparés de la Cisjordanie par un mur, les habitants de Jérusalem-est se sentent souvent les « laissés pour compte » d’une administration palestinienne peu intéressée par leur situation. Près de la porte de Damas, le ressentiment contre Mahmoud Abbas, l’actuel Président de l’Autorité Palestinienne est très fort. En Cisjordanie 70% des personnes interrogées souhaitent voir Mahmoud Abbas démissionner, un pourcentage qui monte à 80% dans la bande de Gaza.

« La solution ne viendra pas des Palestiniens. Nous voulons la paix. C’est désormais à la Communauté internationale et non plus aux Américains d’agir! » s’exclame Nabila Kilani, qui vit à Beit Lahiya, dans le nord de la Bande de Gaza.

Un avis que partage Hanan Ashrawi, de l’OLP. « La Communauté internationale a permis la création de l’Etat d’Israël, c’est donc à elle de prendre ses responsabilités désormais. »

Et il faut bien admettre que la communauté internationale ne peut pas se permettre de laisser de côté, comme elle semble le faire aujourd’hui, le problème grave que pose le fait que la Cisjordanie n’est pas gérée par un état digne de ce nom.

Il appartient aux Etats européens de prendre, de toute urgence, ce problème en charge. Ils doivent, à l’évidence, sortir du silence dangereux où ils semblent s’être confinés.

Pierre Marchou

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Pour servir Jérusalem


Posted on 4 Jan 2018

Le journaliste Piotr Smolar, auteur d’un long article dans « Le Monde » daté du 3 janvier 2018, déclare : « Pour le monde, Jérusalem est un fantasme, un écrin doré, et aussi un motif de conflits sans fin, religieux et politiques. Les fondateurs de l’ Etat d’Israel, après la seconde guerre mondiale, étaient essentiellement des immigrés d’Europe Orientale, laïques et socialistes. Leur sionisme n’érigeait pas Jérusalem en obsession. Mais la victoire israélienne écrasante, lors de la guerre de 1967 contre les pays arabes avec la prise de la vieille ville, créa les conditions d’un culte messianique à droite. Pour ses adeptes, l’errance du peuple juif prenait fin avec son retour à l’endroit même où s’était dressé le premier temple, celui du roi Salomon, jusqu’à sa destruction en 586 avant J.-C. »

Et le journaliste Piotr Smolar nous fait part de son pessimisme : » Lorsqu’on enjambe les siècles, on pense différemment. La reconnaissance de la cité comme capitale d’Israël par les Etats-Unis, le 6 décembre 2017, n ‘est alors qu’un foyer d’incendie de plus. »

Un foyer d’incendie de plus?

Et c’est là que le modeste spectateur Vençois que je suis ose s’interroger : est-ce que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale du Pays d’Israël constitue vraiment une nouvelle menace d’incendie?

Ou bien cette reconnaissance ne serait-elle pas en mesure de servir la paix entre les Juifs et les Palestiniens qui habitent cette ville, même si c’est Donald Trump qui prend l’initiative de demander sa désignation comme capitale d’Israël?

Oui, cette reconnaissance pourrait servir la paix, dans le mesure où elle supposerait une participation des habitants de Jérusalem à la gestion de leur ville. Même si cette participation ne respecte pas le principe d’une nécessaire égalité dans la participation des deux communautés : juive et arabe.

Et il faut aujourd’hui avoir le courage de faire un constat : Israël ne pourra vivre en paix que le jour où il aura comme voisin un pays qui ait les moyens de servir la paix. Ce n’est pas le cas aujourd’hui : la Cisjordanie ne dispose pas d’une structure étatique qui aurait les moyens civils et militaires capables de garantir la paix à son voisin.

Chers amis qui recevaient les nouvelles que propose le site « 06demain », je me permets aujourd’hui de vous demander d’apporter votre aide au travail pour la paix que je tente avec ce blog.

Merci de participer, si vous le jugez utile, à ce travail en adressant à ce blog vos remarques et vos propositions.

Bien à vous!

Pierre Marchou

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Sens et contre-sens


Posted on 31 Déc 2017

Monsieur Xavier Rigo

Directeur Général Adjoint de la société d’autoroute APRR

Monsieur le Directeur,

Je me permets de vous écrire pour vous témoigner de la grande inquiétude qui est la mienne, en tant qu’usager de l’autoroute qui dessert la ville de Vence, et aussi, en ma qualité d’ancien maire de cette même commune.

Je prends connaissance, en effet, de nombreuses questions qui préoccupent mes concitoyens au sujet du grave accident survenu, le 27 décembre dernier sur l’autoroute A 6 , qui a provoqué la mort tragique d’un jeune père de famille et de l’un de ses enfants.

On peut résumer ces questions en une seule interrogation : qu’est-ce qui rend possible la présence, sur une autoroute, d’un véhicule roulant à contre-sens des véhicules normalement habilités à y circuler?

En d’autres termes, comment se fait-il qu’un automobiliste puisse circuler à contre-sens de la circulation normale sans qu’aucun obstacle ne l’en empêche au départ? Si tel est le cas, n’importe qui peut commettre à nouveau la même erreur demain, de façon volontaire ou pas.

Et je permets une dernière remarque : vous indiquez, dans l’interview que vous avez accordée à Nice-Matin, dans son édition du 28 décembre 2017, qu’un patrouilleur de votre Société a tenté en vain d’amener l’automobiliste à renoncer à rouler en sens inverse de la circulation autorisée. Cette tentative est, hélas, restée sans effet.

Il n’en reste pas moins que rien auparavant n’avait empêché l’automobiliste de prendre l’autoroute dans un sens de circulation inverse. Et c’est bien ce qui inquiète les utilisateurs de l’autoroute, dont je fais partie.

Monsieur le Directeur Général Adjoint, je m’adresse à vous dans l’espoir de servir à gérer , à ma modeste place, un problème qui nous concerne tous.

Car l’autoroute est notre outil à tous.

Et nous comptons sur vous pour la bonne gestion de cet outil.

Bien cordialement.

Pierre Marchou

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Un livre qui continue de s’écrire


Posted on 9 Déc 2017

Comme vous le savez peut-être, j’ai écrit un livre qui s’intitule « Est-ce que Vence et Jérusalem ont quelque chose à se dire? » Ce livre a été publié en 2015, et on peut le trouver en librairie.

On peut également accéder gratuitement à ce livre sur mon site internet « 06demain », dans une version où figure ce même texte. Mais ce texte, dans sa version internet, est enrichi d’un certain nombre de séquences audiovisuelles qui viennent le compléter. C’est pourquoi je donne le nom de « roman-film » à ce document qui associe un texte à lire et des séquences filmées à visionner.

Le sujet peut se résumer de la façon suivante : Vence et Jérusalem, malgré la distance géographique qui les sépare, font partie d’un sel et même monde. Un monde qui est en danger. Et ces deux villes, en se découvrant mutuellement, contribuent à la paix qui leur est nécessaire.

Et voilà que je me pose la question suivante : est-ce que mon livre, face aux nouveaux évènements qui concernent le devenir de Vence et de Jérusalem, pourrait continuer de s’écrire avec la participation de ses lecteurs, notamment à Vence et à Jérusalem?

A mon avis, la réponse et « oui! », si les lecteurs de ce blog viennent l’écrire avec moi.

Je dois reconnaître que cette idée ne manque pas d’ambition…

Mais je crois pouvoir penser que certains de mes lecteurs, qui se sentent concernés par ce qui se passe sous nos yeux, auront le désir d’apporter une réponse personnelle à une question posée par tel ou tel évènement, tel ou tel discours. Peut-être éprouveront-ils le besoin de proposer une solution à un problème posé?

C’est en tout cas ce que je souhaite profondément dans la mesure où mon travail m’a mis en présence de la complexité de nombre de questions qui se posent à Vence comme à Jérusalem.

Je suis en tout cas à l’écoute de tous ceux qui pourraient éprouver le besoin de me proposer un texte ou une séquence audio-visuelle susceptibles de figurer dans la version internet de mon livre.

Oui, je serais heureux de poursuivre avec eux la rédaction de mon livre.

La démarche peut sembler inhabituelle. Mais elle a une chance de se révéler utile.

PIerre Marchou

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Je crois utile de publier, dans son intégralité, l’article publié sous ce titre dans le quotidien « Le Monde » le 9 février 2016 sous la signature du journaliste Piotr Smolar :

Un miracle s ort de terre. Lentement, péniblement, dans le vacarme et la poussière.

Les obstacles sont nombreux, les vents contraires puissants. Mais pierre par pierre, Rawabi cesse d’être seulement un plan d’architecte à la géométrie parfaite ou encore une maquette pour visiteurs. Rawabi existe. Et confirme, après de longues années, son destin révolutionnaire : devenir la première ville palestinienne  moderne, pensée  et bâtie au service de ses occupants.

Elle va ainsi bouleverser les clichés sur les territoires palestiniens, selon lesquels les seules zones d’habitation confortables seraient les colonies, irriguées par l’argent public israélien.

Encore faut-il que Rawabi se peuple. Les occupants s’installent au compte-gouttes, en pionniers enthousiastes, tandis que les grues et les ouvriers s’activent sur cet immense chantier, situé à neuf kilomètres au nord de Ramallah, la capitale de la Cisjordanie. Sur une colline proche, les habitants juifs de la colonie d’Ateret observent avec inquiétude les avancées. A trois reprises, des mains mystérieuses ont arraché le grand drapeau palestinien flottant au sommet de Rawabi. Pour l’heure, deux quartiers sur les vingt-trois que comptera la cité sont déjà opérationnels. Le centre, construit en forme de lettre Q – comme Qatar, principal bailleur de fonds, par l’intermédiaire de la société Qatari Diar – abritera des boutiques, des restaurants, des cinémas, des salles de conférence, et des locaux pour jeunes entrepreneurs.

On viendra à Rawabi en famille, le week-end, pour se divertir ou faire des courses. Par temps clair, il paraît qu’on distingue la mer, au loin, et les contours de Tel-Aviv. Un centre médical parfaitement équipé sortira de terre. Une mairie accueillera le premier édile. Trois écoles sont aussi prévues, mais leur édification a pris du retard, par manque de fonds. Elles devraient ouvrir à la rentrée 2016.

Coût total de Rawabi, à cette heure : 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros), contre 850 millions prévus à l’origine.

Les deux quartiers achevés ressemblent pour l’instant à un décor de film, avant l’arrivée des acteurs. La propreté est impeccable, les allées piétonnes ne résonnent pas des cris des enfants. Il faudra encore patienter quelques mois avant que les premiers magasins – épicerie et pharmacie – permettent aux habitants de se ravitailler sur place. Rien de cela n’a rebuté la famille Al-Gabareen. Raga, 30 ans, et son mari, Mohammed, 34 ans, achèvent le déballage des cartons.

La famille vivait à Al-Bireh, près de Ramallah, dans une rue bruyante, sans jardin ni ascenseur. Les voilà qui s’émerveillent de leur nouveau cadre de vie, 190 mètres carrés sentant la peinture fraîche et le cuir neuf.  « Pour l’instant, on est les seuls à vivre dans l’immeuble, c’est bizarre mais très relaxant, s’amuse Raga. Des familles viennent nous demander des conseils avant d’emménager. » Manager dans une agence de publicité, elle explique leur démarche. « Rawabi est une ville intelligente, toutes les infrastructures sont prévues à l’avance, dit-elle. Je veux que mes enfants grandissent dans un environnement sécurisé et écologique. » Le couple a acheté l’appartement pour 126 000 dollars. Il a payé 15 % de la somme et contracté un crédit à 4,75 %, particulièrement bas, consenti par la banque pour ce projet à nul autre pareil. Plusieurs établissements bancaires ont un guichet dans le bâtiment spécialement construit pour accueillir les visiteurs. Ceux-ci sont invités à regarder un film futuriste en 3D sur Rawabi, puis à étudier les différentes options d’aménagement des cuisines et des chambres.

À ce jour, 650 appartements ont été vendus. Une fois achevé, Rawabi en comptera 6 000. Les candidats sont attirés à la fois par le confort et les installations modernes, par l’espace proposé, mais aussi par les prix.

« On est 25 % moins cher que Naplouse, au nord, ou Ramallah, explique Amir Dajani, manager adjoint du chantier. On veut capitaliser sur la population jeune et éduquée, grâce, notamment, à la proximité de l’université Beir Zeit. »

Parmi les acheteurs, il y a des chrétiens, des personnes vivant en Israël, voire des Palestiniens résidant à l’étranger, voulant investir dans un projet d’avenir. Mais le promoteur fait attention de ne pas transformer Rawabi en ville déserte.

Par la fenêtre de son modeste bureau, Bashar Masri ne se lasse pas d’observer les premiers camions de déménagement qui pénètrent dans Rawabi, sa folie. Agé de 54 ans, le patron de Massar International est l’un des plus riches entrepreneurs palestiniens.

Il a fait fortune dans des projets immobiliers au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Sur le mur, un plan de la ville, qui ressemble à un scarabée.

« C’est le plus grand projet de l’histoire palestinienne, dit-il. Ma vision n’est pas Rawabi, mais l’effet domino qu’il provoquera. Le manque de logements en Cisjordanie s’élève à 200 000 unités. Nous n’en construisons ici que 6 000. Je crois qu’un Etat palestinien est en gestation, mais cela réclame des dizaines d’années. La question n’est pas si l’occupation israélienne s’achèvera un jour. C’est sûr. La question est : quelle sera la nature de notre Etat ? Quelle bonne gouvernance, quelle économie saine, quel cadre de vie ? »

Bashar Masri est un visionnaire endurant. Rawabi l’obsède depuis 2007. Rencontré une première fois au printemps 2015, il retenait sa respiration.

Après un an de retard dans la construction, de lourds problèmes financiers et des intérêts à payer par dizaines de millions de dollars, la lumière apparaissait. En pleine campagne électorale israélienne, le gouvernement venait de donner le feu vert à l’ouverture de l’eau vers Rawabi.

C’était une affaire de vie ou de mort. Jusqu’alors, la construction de canalisations passant par une zone sous contrôle militaire israélien se heurtait à un refus. A présent, 300 mètres cubes d’eau parviennent chaque jour jusqu’à la ville. Il en faudra bien davantage lorsque les habitants afflueront. Mais le robinet est ouvert, voilà l’essentiel.

Le grand problème à régler reste celui de la route. Une seule voie d’accès, étroite, permet d’arriver à Rawabi. La ville se trouve en zone A, sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Mais la construction d’une route large, à plusieurs voies, qui permettrait de rejoindre Ramallah en 10 minutes en passant par la zone C, réclame l’accord de l’administration israélienne.

« Ils finiront par accepter, soupire M. Masri. Mais le diable est dans les détails. Tout d’un coup, ils demandent une étude d’impact environnemental, et une autre sur la circulation prévue… »

Masri a tout fait pour dépolitiser Rawabi, afin de ne pas devenir otage du conflit. Puisque les officiels palestiniens eux-mêmes, incapables de percevoir la puissance symbolique du projet, ne s’y sont pas beaucoup intéressés, l’entrepreneur a continué son chemin, seul.

« L’Autorité[palestinienne] nous a donné un soutien moral et politique, mais sans investir un seul sou, regrette-t-il. Ils auraient dû, grâce à la perception des impôts, installer l’électricité, le poste de police, la caserne des pompiers, les routes d’accès ! »

Avant la nouvelle vague de violences, dès octobre, il avait observé un regain d’intérêt des Palestiniens pour sa ville nouvelle. Depuis, les restrictions renforcées par les Israéliens concernant les déplacements ont ralenti le chantier, et notamment la circulation des travailleurs en provenance d’Hébron, plus au sud du territoire. Certains sous-traitants ont même décidé de leur louer des appartements, à proximité de Rawabi.

Pendant plusieurs années, M. Masri a été critiqué, jalousé. On lui a reproché, dans un premier temps, d’exproprier les habitants des douze villages aux alentours, dont une partie des terres a été rachetée. Puis d’acquérir des matériaux de construction en Israël et de stimuler ainsi l’économie de l’occupant.

« Certains ont considéré que Rawabi entérinait l’occupation, puisque tout passait par des discussions avec les Israéliens, explique un membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mais, si on fait quelque chose pour protéger notre terre, c’est positif, au final. » Alors, « collabo » plutôt que résistant, Bashar Masri ? « Je hais les colonies, mais je ne vais pas abandonner le sommet des collines à ces gens, tranche l’homme d’affaires. Je préfère ignorer ce ressentiment émotionnel passager. »

On a aussi raillé Rawabi en le décrivant comme un projet artificiel, un décalque des colonies juives arrogantes qui dominent les villages palestiniens traditionnels, en contrebas.

Comme si les Palestiniens n’avaient pas le droit, eux aussi, à un plan d’urbanisation, à un environnement favorable. Comme si tout ne devait être que lutte, et pas jouissance. Voilà, au fond, le reproche majeur adressé au projet : il symbolisait, aux yeux des révolutionnaires professionnels, l’abandon de la lutte nationaliste au profit d’une quête banale, celle d’une vie confortable.

Je viens de lire cet article. Il m’inspire quelque chose que je me permets de qualifier d’ « espoir inquiet. »

Voici en effet que la terre de Jérusalem est peut-être en mesure de donner naissance, aujourd’hui,  à une « machine à faire la paix ! »

« Quiconque investit en Palestine prend des risques, c’est évident » déclarait, il y a déjà quelques années Bashar Masri, le créateur de Rawabi. Et il ajoutait : « Mais il faut prendre des risques. Un Etat Palestinien est en train de se bâtir; il n’existera pas sans développement économique et j’aime à penser que notre projet participe à la création d’un Etat viable.

Censée accueillir 40 000 habitants (au lieu des 15 000 prévus à l’origine) Rawabi a été conçue à la manière d’une banlieue américaine, bien loin de l’image que véhiculent généralement les territoires palestiniens. Car, avec ses appartements de luxe, ses cafés, ses galeries commerçantes,  Rawabi reflète l’émergence d’une nouvelle classe moyenne palestinienne. »

J’ai parlé de mon « espoir inquiet ».

Comment ne pas ressentir, en effet, de l’espoir en voyant cette nouvelle ville de Rawabi offrir une magnifique promesse de vie heureuse. Et comment ne pas s’inquiéter des risques que comporte la naissance de cette ville nouvelle ?

Je serais heureux de partager mon inquiétude, et mon espoir, avec tous ceux qui  pourront se sentir concernés. La paix est à construire, sur la terre Jérusalem. Ce chantier nous concerne tous.

Pierre Marchou

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Une rencontre


Posted on 16 Nov 2017

J’ai du mal à écrire ce qui va suivre. Et pourtant, il faut que je l’écrive.
12 novembre2017.

Je déjeunais tout à l’heure, avec Anne, mon épouse, à la terrasse couverte du restaurant « La Régence ». Vers la fin de notre repas, j’ai constaté que j’entendais clairement ce qui se disait derrière moi. Il s’agissait d’une conversation entre des personnes qui prenaient leur repas à une table immédiatement voisine de la nôtre, sur la même terrasse couverte de « La Régence ».
Et je dois avouer, même si ce n’est pas brillant de ma part, que je me suis mis à écouter les propos qui s’échangeaient près de moi. Ceux qui les tenaient, de toute évidence, ne se savaient pas écoutés. Leur conversation évoquait les évènements qui ont conduit à l’indépendance de l’Etat Algérien, où vivaient alors mes voisins. Les évènements évoqués étaient complexes, mais ils étaient rapportés dans des termes qui n’exprimaient pas la réprobation.
Cela dit, j’ai vite compris que mes voisins étaient juifs. Et la conversation s’est peu à peu orientée vers ce que leur ont inspiré les évènements qu’ils venaient d’évoquer. Ces évènements ont comporté indéniablement des difficultés pour les juifs. Et la conversation a finalement amené la question suivante : qu’est-ce qui explique l’hostilité que les juifs ont souvent rencontrée, durant leur histoire et qu’ils rencontrent encore aujourd’hui? Et cette question était d’ailleurs posée sans acrimonie à l’égard de ceux qui avaient pu la formuler
C’est alors que j’ai éprouvé le besoin de m’adresser à mes voisins. Pour m’excuser d’abord d’avoir écouté leur conversation sans qu’ils m’y aient, le moins du monde, autorisé. Et, ensuite, pour leur soumettre, avec une audace à la fois indiscrète et naïve, une réflexion que m’inspire la question qu’ils venaient d’évoquer.
Voici cette réflexion : en chargeant les juifs de telle ou telle mauvaise action, on ne prouve pas qu’ils en sont coupables, mais on a du moins l’avantage de définir avec certitude les gens sur lesquels porte l’accusation qui est formulée à tort ou à raison. En d’autres termes, en accusant les juifs de tel ou tel forfait, on ne démontre certes pas qu’ils en sont coupables, mais on définit clairement ceux qui en sont accusés.
On a assisté, hélas, bien des fois au fonctionnement de ce mécanisme et aux massacres qu’il a permis de réaliser.
Ce mécanisme est une triste honte, contre laquelle chacun doit lutter.
Voilà ce que j’ai envie de dire à ceux qui furent, dimanche dernier, mes voisins de table.

Pierre Marchou

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Pour le moment, l’ « Autorité Palestinienne » dirigée par Mahmoud Abbas ne dispose pas d’une police, ni d’une armée capables de faire régner l’ordre sur la Cisjordanie. Ce territoire a été le lieu à partir duquel le Hamas a pu expédier des bombes sur Israël. Ce pays ne pourra être en sécurité que si la Cisjordanie est dirigée par un véritable Etat, doté d’une force armée capable de faire régner l’ordre sur son territoire. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
J’habite Vence, en France. Ma petite ville se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de la Cisjordanie. Pourtant je suis concerné par l’insécurité qui résulte de l’absence d’un véritable État en Cisjordanie. Je ne peux que constater en effet que cette insécurité pourrait se trouver à l’origine d’une guerre mondiale. Et cette guerre mondiale serait capable de ravager le monde entier, et donc de ravager ma petite ville de Vence.
Je crois donc utile de demander au gouvernement français de rassembler l’ensemble des États démocratiques de notre monde pour demander à l’O N U de prendre l’initiative de la création d’un État Palestinien digne de ce nom en Cisjordanie. La paix en dépend. A Vence comme ailleurs. 
Je propose à tous les lecteurs de mon blog d’adresser au gouvernement de la France la même demande que moi.
Il faut agir vite.
Pierre Marchou

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Lettre à Emmanuel Macron


Posted on 30 Août 2017

Monsieur le Président,
Je fais partie de ceux qui ont souhaité votre arrivée au pouvoir.
Je fais partie de ceux qui, aujourd’hui, comptent sur vous pour que soient réalisés les projets que vous avez définis.
Parmi ces projets, il y a celui de renforcer l’union de l’Europe et de travailler à tout ce qui permettra de servir la paix dans le monde.
Vous n’êtes pas le dernier à dire que la paix dans le monde conditionne la paix du pays que nous aimons. Car la France fait partie du monde.
Et je me permets de vous écrire à ce sujet . 
En effet, une menace pèse sur le monde qui mérite que nous y prêtions attention, même si elle n’est pas la seule.Cette menace résulte du fait que, non loin de Jérusalem, existe un territoire qui ressemble à une poudrière : la Cisjordanie.

Il faut bien voir, en effet, que la Cisjordanie n’est pas gérée par un État pourvu de l’autorité légitime et du pouvoir nécessaire à une saine gestion de ce territoire. Certes, l’ « Autorité Palestinienne », dirigée par Mahmoud Abbas, est censée gérer ce territoire. Malheureusement, elle n’a pas été, il y a quelque temps, en mesure de s’opposer , faute de moyens policiers et militaires, aux tirs de missiles effectués, à partir de ce territoire, par le Hamas contre Israël. Elle n’ est pas non plus en mesure de s’ opposer, aujourd’hui, à la création illégale d’ensembles immobiliers qualifiés de « colonies » par des particuliers venus Israël.
Il est clair que seule une action de l’ ONU est susceptible de mettre fin à cet état de choses particulièrement dangereux.
Aujourd’hui, une décision du Conseil de Sécurité de l’ONU en date du 23 décembre 2016 ouvre à nouveau la voie à la création d’un Etat Palestinien. Il s’ agit de la Résolution 2334, adoptée avec 14 voix « pour », et une abstention, celle des Etats-Unis. Cette résolution prévoit clairement la création d’un Etat démocratique en Cisjordanie, pourvu d’une force de police et d’une armée susceptibles de lui permettre de remplir sa tâche.
 Je crois pouvoir dire que les Israéliens, qui disposent d’un Etat digne de ce nom, comme les Palestiniens, qui n’ont pas l’Etat auquel ils aspirent, ont, chacun le même besoin : celui d’avoir un voisin responsable de ses actes.
Les Israéliens, comme les Palestiniens, ont le droit de vivre en paix. Et le monde, dont la France fait partie, a le devoir de satisfaire ce droit.
Cher Emmanuel Macron, je crois utile de vous adresser cette lettre. Le souci qui m’anime est le besoin de travailler, à ma modeste place à cette paix, dont je crois que vous êtes un utile serviteur.
Je propose également la lecture de cette lettre à mes concitoyens de Vence, dans le Alpes-Maritimes. Je sais en effet que nombre d’entre eux partagent avec moi – et avec vous – le besoin de travailler, chacun à sa place, à cette paix, dont nous avons tous besoin, et dont nous somme tous responsables.
Bien à vous.

Pierre Marchou

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